Le conseil régional et la formation professionnelle

 

CONTRE LA LOGIQUE D’APPEL D’OFFRE, DES FINANCEMENTS PUBLICS, AU SERVICE DU PUBLIC :

 

Cet article a été réalisé avec l’appuie d’une formation de Marie Christine Bastien, militante communiste et syndicaliste.

 

Le Conseil régional a pour compétence la formation professionnelle.

Chaque année, le Conseil régional lance des appels d’offres auxquels répondent des organismes de formation qui disposent d’un certain nombre d’agréments. Théoriquement, c’est le mieux disant qui remporte le « marché ». Chaque organisme de formation fait valoir la qualité de son service, le fait qu’il réponde aux exigences du cahier des charges qu’impose le Conseil régional, et que les individus formés trouvent un emploi.

 

Pour autant, cette logique d’appel d’offre met en grande précarité les organismes de formation, ceux-ci doivent trouver des arguments pour pérenniser leur activité. Mais peut-on réellement penser et mettre en œuvre un projet sur une si courte durée, et en évaluer la pertinence ? Paroxysme de la loi du marché, comment des acteurs sociaux en situation de précarité peuvent-ils aider les individus à sortir de la précarité ? L’activité de formation nécessite de mettre en œuvre de projets sur le long terme et nécessite une sécurité dans la mise en place de l’action.

 

De plus, le secteur public est mis en concurrence avec le secteur privé. Tout le monde peut donc s’improviser formateur professionnel, et sur le papier, il n’est pas difficile de noter que l’on répond aux exigences de qualité de la formation, d’ailleurs qui ira vérifier ?

Et si, il y a contrôle, un des organismes qui vient vérifier le bon déroulement de la formation, c’est le fond social européen. Il contrôle, le nombre de personne en formation, et voilà ! Qu’en est-il de l’évaluation de la qualité du service ?

Avec la concurrence, les organismes de formation publique se recentrent sur les prestations du privé, mais aussi sur les fonctions de contrôle, ils demandent aux organismes de formation de leur donner les chiffres de formation réussie après trois mois, six mois. Bien sûr, 80% des salariés passés par la formation retrouvent un emploi, mais quel type d’emploi? Une mission de quelques jours, un CDD de quelques mois, une autre formation…

En fait c’est une véritable organisation de la précarité qui se dévoile sous nos yeux. La formation professionnelle devient l’instrument du traitement social du chômage, cela permet de faire sortir de la catégorie « chômeur » nombre de personnes sans emploi en recherche d’emploi, voir de les mettre sur des listes d’attente en leur proposant des formations « patte à modeler ».

 

Mais la logique d’appel d’offre devrait palier à cela, il n’en est rien, car cette mise en  concurrence se fout de la perspective d’emploi et des conditions de travail, chaque organisme va donc gonfler artificiellement sa capacité de formation, et va baisser au maximum ses coûts. C’est donc finalement celui qui fera le moins cher qui emportera ce marché juteux, sans contrepartie de qualité.

Les organismes publics, pour ne pas faire de « concurrence déloyale » vont donc devoir aligner leurs prestations, aligner leur grille d’offre sur celle du privé, et à terme, être amenés tout doucement, à devoir abandonner la fonction de formation au privé, pour se recentrer sur les fonctions de contrôle. A quand des organismes privés de contrôle de la formation ?

 

En vérité c’est un véritable dumping social de la formation qui est organisé, avec des opérateurs privés sans contrainte, et un service public amputé. Aujourd’hui, même les salariés de l’AFPA n’ont plus que des statuts précaires !

 

UNE VISION DE LA FORMATION BASEE SUR L’EMANCIPATION ET NON SUR LA RECHERCHE DU PROFIT :           

 

Pour une logique d’épanouissement des personnes et d’émancipation humaine.

Le droit à la formation pour tous, c’est d’abord l’accès à la formation, incluant l’orientation et l’accompagnement du projet professionnel. Quand il s’agit de formation, trop nombreux sont ceux qui connaissent le parcours du combattant. Trop nombreux sont ceux qui se voient interdire l’opportunité d’apprendre un métier, de se perfectionner ou de se reconvertir, de changer d’orientation.

Nous avons l’ambition de créer un nouveau service public de la formation et de l’insertion professionnelles. Pour cela, il faut démocratiser, simplifier, rapprocher l’accès à la formation pour le plus grand nombre et sortir des logiques générales de marchandisation des formations.

 

Pour nous communistes, la formation est un bien commun, qui ne doit pas être soumis aux intérêts du marché. De plus, sa fonction n’est pas de formater les individus pour qu’ils répondent aux exigences du marché, qu’ils soient directement adaptables, exploitables, jetables. Mais la fonction de la formation est plutôt celle de rendre maître de son destin, de donner des clés aux individus pour qu’ils soient des citoyens, conscients des enjeux de l’entreprise.

 

Le Conseil régional doit donc ne plus participer à cette mascarade, à ce cache misère qui rapporte gros. Le Conseil régional doit être guidé par un projet politique ambitieux, il doit favoriser les organismes publics et faire du  service public son partenaire essentiel, lui donner les moyens de mettre en œuvre sa politique de formation, ceci en mettant financièrement le patronat à contribution. C’est donc d’une politique globale dont nous avons besoin. Il doit aussi développer des indicateurs permettant de contrôler la qualité de la formation sur le long terme.

 

Nous mettons la question de la formation avec celle de l’emploi, non pas parce que l’emploi doit dicter la politique de formation, mais parce que les deux participent de la même exigence pour tous; celle de pouvoir participer à la société en mettant ses qualités à contribution, celle d’être protégé par un seul et même statut, qui assure un revenu et une activité.

 

POUR UNE SECURISATION DE L’EMPLOI ET DE LA FORMATION :

 

Nous proposons un système de sécurité sociale de l’emploi et de la formation, avec quelques grands principes : une mobilité, mais de promotion dans la sécurité des activités et des revenus, pour améliorer la qualification et les emplois.

Cette sécurité de suppression de passage par la case chômage sera l’objectif d’un système de sécurité d’emploi et de formation, avec de nouveaux droits et institutions, moyens financiers, comme quand on a construit la sécurité sociale. Ce système assurerait à chacune et à chacun soit un emploi, soit une formation, avec une continuité de droits sociaux et de bons revenus en progression. Il s’agirait de remplacer le passage par la case chômage, par un essor considérable des activités de formation longue et bien rémunérées. Dans un tel système, le revenu serait assuré, soit conservé, soit augmenté.

Cela passera par l’affiliation de chacun à partir de la fin de l’obligation scolaire, à un service public et social de sécurisation de l’emploi et de la formation. Il y aura un abondement de moyens financiers pour une grande progression de la formation rémunérée, par un accroissement des prélèvements sur les entreprises et services et aussi par un accroissement des fonds publics pour le service public de formation et pour le soutien des activités de formation.

 

POUR L’ELABORATION D’UNE VERITABLE CARTE DES FORMATIONS :

 

Il faut une carte des formations initiales (Lycées et CFA) et continues (organismes de formation) permettant d’avoir une vision claire de l’offre et de l’accessibilité sur le territoire afin de permettre à chaque jeune en formation d’accéder à la formation de son choix sans être victime d’un tri social et/ou territorial. Cette carte devait être présentée chaque année aux élus régionaux réunis en assemblée plénière, en lien avec les représentants des salariés, afin de cesser de voir opposer les modes et voies de formation, souvent au détriment du service public.

Partout où c’est possible, organiser la refonte, en cours, de la politique d’investissement et de fonctionnement des CFA permettant notamment à la Région de devenir propriétaire, à l’instar des lycées qu’elle construit, ou copropriétaire des CFA, mais également d’avoir des modalités de subvention de fonctionnement plus équitables, appuyées sur les ressources des organismes gestionnaires de CFA.

 

FORMATION ET INSERTION PROFESSIONNELLE :

 

En plus de la création d’un service public de la formation et de l’insertion professionnelles, axe structurant pour l’intervention des Régions, nous proposons la création d’un grand service public régional de l’Accueil, Information, Orientation (AIO) tout au long de la vie en mettant à contribution les entreprises et secteurs dominants sur un territoire, ressource qui abonderait le fond régional pour la formation professionnelle et l’insertion. Celui-ci s’adresse aux salariés et apprentis hors du système scolaire, il n’a aucunement vocation, contrairement aux projets patronaux, de se substituer au service national d’information et d’orientation pour les scolaires.

Il s’agit de sortir concrètement la formation de la marchandisation dans laquelle elle se trouve aujourd’hui. C’est la condition pour faire de la sécurisation des parcours professionnels une réalité pour les jeunes, les demandeurs d’emploi et les salariés, permettre aux publics de s’insérer durablement dans l’emploi et d’améliorer leur niveau de qualification.

 

FORMATION DES DEMANDEURS D’EMPLOI :

 

Il faut travailler l’articulation entre emploi local et niveau de qualification des habitants d’un territoire, et mettre en place des politiques novatrices en direction des grands bassins de vie et d’emploi afin de permettre à chaque jeune, chaque salarié d’accéder à un niveau de formation le plus élevé possible.

La signature d’accord-cadre avec Pôle Emploi, avec qui nous partageons la compétence sur la formation des demandeurs d’emploi, devront nous permettre de donner plus de cohérence et de mieux peser sur l’offre et la qualité des formations proposées qui sont largement en deçà des besoins individuels et collectifs d'aujourd’hui, et contribuer à exiger que Pôle Emploi dispose de moyens pour un véritable rôle de service public de l’emploi.