Les luttes syndicales dans la presse

Nous nous retrouvons à une dizaine de JC dans les locaux de la CGT de L’Est Républicain. Là Pascal Fiatte, un de nos camarades, va nous faire une rapide formation sur l’histoire de sa profession et sur les enjeux de la presse actuellement.

 

Pour commencer, il nous explique toute l’organisation du travail : de la rédaction d’un article à son arrivée dans les kiosques.

Historiquement il y a une spécialisation des tâches dans ce secteur :

- les journalistes qui font les sujets, cherchent les infos et rédigent des papiers accompagnés des correspondants et des pigistes.

- les ouvriers du livre qui mettent en page avant impression et ceux qui impriment.

- les distributeurs qui les livrent journaux.

Cette classification et cette organisation sont appelées la méthode Gutenberg.

 

Tout ça a généré des conventions collectives, dans l’histoire, du fait qu’il savaient lire les ouvriers du livre sont « l’aristocratie » des ouvriers, ils sont parvenus au fil des luttes à obtenir des conventions en béton.

Pour ce qui concerne les distributeurs, ce fut plus dur car ils n’ont pas de conventions collectives (du fait de leur isolement). Ceux sont des travailleurs indépendants, le patronat leur fait croire qu’ils sont leur propre patron alors qu’en réalité ce sont des salariés qui s’ignorent.

 

Ces différentes catégories de salariés ont donc des conventions collectives différentes qui s’appliquent. De ces conventions découlent des grilles de qualifications qui vont déterminer les salaires.

 

Mais le secteur de la presse est également divisé en entreprises et en branches, par exemple il y a la presse quotidienne nationale, la presse quotidienne régionale, la presse quotidienne départementale…

Pour chaque entreprise la règle est que les conventions collectives s’appuient sur le code du travail. Ensuite sont négociés des accords de branche, qui doivent être supérieurs au code du travail, et enfin des accords d’entreprises , qui eux doivent être supérieurs à l’accord de branche.

Mais aujourd’hui avec les lois Fillon, ce système explose : il peut y avoir des accords dérogatoires, c’est-à-dire que par exemple qu’un accord d’entreprise peut être moins avantageux qu’un accord de branche ; de plus cette accord dérogatoire pourra servir d’étalon pour toute la branche!

 

En 2008, N. Sarkozy réunit les Etats généraux de la presse et il se met en place un grand mouvement de centralisation de la presse, le capitalisme tend à faire des regroupements. Dans la presse ces concentrations ont un double impact, d’abord avec la possibilité d’accords dérogatoires il y a un risque d’alignement par le bas, un dumping social, on s’aligne alors sur le moins disant.

Ensuite, il y a un enjeu démocratique : les ordonnances de 1945 interdisent le fait qu’un groupe de presse soit la propriété d’un groupe financier, ce qui est désormais possible avec les entreprises mères leurs filiales /sous-filiales. Un seul décideur a en main l’ensemble des données, pour une presse libre, merci!

Il y a alors un réel enjeu à faire en sorte que chaque rédaction maîtrise le contenu de son journal au risque de voir l’actionnaire majoritaire avoir un total contrôle.

 

Mais aujourd’hui avec les nouvelles technologies, il n’y a plus besoin d’ouvriers du livre, le journaliste gère directement la mise en page sur son ordinateur. Le schéma journalistes =) ouvriers du livre =) imprimeurs disparaît. De plus, les ventes de journaux baisse ce qui pousse les grands groupes à se tourner vers les multimédias. Les syndicats de la presse ont bien proposé d’investir dans des sites Internet par exemple, d’ouvrir l’offre et de se tourner vers de nouveaux débouchés  mais le patronat n’a rien écouté. Ce dernier a préféré faire de la croissance externe en faisant du rachat de titres. Aujourd’hui leur but est de se tourner vers Internet mais en contournant les conventions collectives des ouvriers du livre, qu’ils ont pris soin de ne pas reclasser, surtout pas?

Le risque est de se retrouver avec des journaux écrits pars des citoyens, des pigistes aux conditions de travail précaires ; le tout chapoté par un grand groupé décideur.

La logique est de trouver comment contourner les acquis que les camarades ont si durement arraché, de casser une profession et un secteur d’activité en mettant en concurrence sur la base du moins disant.

 

Pascal, notre camarade, nous révèle que la CGT prend en main ces questions cruciales et particulièrement la CGT de L’Est républicain qui se place à l’avant-garde sur ces enjeux sociétaux.

A L’est le syndicat a brisé le carreau et est passé par la fenêtre, il s’est battu pour obtenir un accord collectif, c’est-à-dire une conventions collective qui s’applique aux ouvriers et aux employés. C’est le seul journal où cela existe. Ils ont réussi à dépasser les corporatismes et ont créé une synthèse qui englobe l’ensemble des catégories. De plus en plus le syndicat couvre toutes les catégories, du journaliste à la distribution, incorporant les salariés des sous-traitants pour que chacun soit protégé.

Nos camarades nous laisse maintenant la porte ouverte, à nous d’en prendre le chemin!

 

Pascal termine en nous disant, tel un sage, «  en 1934 des fous, en pleine période de crise, ont rêvé aux congés payés, à la journée de 8 heures ; c’est à nous maintenant de rêver de créer une nouvelle branche de la sécurité sociale, une sécurité sociale professionnelle, à nous de mettre en œuvre une sécurité de l’emploi et de la formation. »