Le Coup d'État « New Look »

     A l'heure où le monde marche à la cadence du libéralisme économique, on peut se demander si le socialisme existe toujours. Je ne parle pas ici du socialisme qui se libéralise arrivée au pouvoir ! Je parle de manière simple, sans grandes théories ni tirades philosophique, j'évoque juste un principe : être élu par et pour le peuple, et travailler à davantage de justice social en prenant l'argent là où il est. Vers où regarder me diriez-vous ? La réponse est toute trouvée : en Amérique Latine. Développez ce qui s'y passe, serait ici trop long, donc je vous laisse l'honneur de le découvrir par vous-même. Ces dix dernières années, à plusieurs reprises, les peuples d'Amérique Latine ont su se rassembler, associations – syndicats – partis politiques, et élaborer de vrais programmes sociaux. Une leçon à prendre ? Certainement ! Mais gare aux effets collatéraux, l'Amérique du Sud demeure la chasse gardée des États-Unis.


     Honduras27 mars 2005 : Manuel Zelaya, Parti Libéral (centre-droit), est élu président du Honduras. Son programme est alimenté de mesures permettant d'accroitre l'ouverture du pays à la mondialisation, marchant main dans la main avec les États-Unis. Cependant, en 2007, Zelaya amorce un virage qui lui sera fatale. A l'Assemblée Générale de l'ONU, le président hondurien proclame : « le capitalisme est en train de dévorer les êtres humains. » Un vent de panique s'abat sur les puissances foncières honduriennes. Il entame une politique visant à baisser les prix des matières premières. Il introduit un salaire minimum, et entreprend un vaste plan de réformes visant à limiter les propriétés foncières. Première claque pour les milieux d'affaires.

     Le revers date du 25 aout 2008. Ce jour-là, la capitale hondurienne, Tegucigalpa, est en folie. Près de 100 000 personnes sont massées dans les rues. Manuel Zelaya vient d'adhérer à l'Alliance Bolivarienne pour les Amériques, et rejoint ainsi une organisation pilotée par Hugo Chavez, président vénézuelien, dont le but est de mettre en place un modèle original d’intégration politique, social et économique non subordonné aux Etats-Unis, privilégiant la coopération entre les peuples et les États plutôt que la compétition. Il est important de signaler tout de même que ni Georges W. Bush, ni les milieux d'affaires honduriens n'ont expressément mis leur veto. En effet, l'offre proposée par l'ALBA était bien trop alléchante pour refuser.

     Peu à peu, le nouveau Zelaya s'impose. Il engage de nombreux projets aux-côtés de Chavez comme le Petrocaribe (= initiative pétrolière de la région menée par le Venezuela). Par ailleurs, il met en place un projet avec Cuba pour casser le monopole des multinationales pharmaceutiques dans l'approvisionnement de médicaments. Cela déplait énormément à la haute sphère hondurienne qui voit bien que l'adhésion à l'ALBA n'est pas qu'une attitude opportuniste.

     En 2009, Zelaya décide d'organiser un référendum consultatif pour demander une Assemblée Constituante devant amender la Constitution qui limite à un mandat par président. L'opposition étant féroce, Zelaya promet de ne pas se représenter. L'opportunité est trop belle pour la droite conservatrice hondurienne. Le Congrès et l'armée accusent Zelaya de vouloir s'en prendre à la Constitution, voire à la démocratie. Romeo Vasquez, commandant en chef des armées, refuse d'organiser le referendum. Le président Hondurien n'hésite pas à le pousser à la démission.

     Le Congrès décide d'agir. Le dimanche 28 juin 2009, jour du referendum, entre 5 heures et 6 heures du matin, Zelaya est arrêté à son domicile par des militaires, emmené à l'aéroport puis expulsé vers le Costa Rica. Les bureaux de votes sont fermés. Dans la matinée, le peuple découvre dans les médias le visage de Roberto Micheletti (Parti libéral), nommé président par intérim par le Congrès. Pour justifier cet acte, on met en avant une lettre de démission signée par Zelaya. Ce-dernier, interviewé parallèlement par CNN, nie la lettre et clame être victime d'un coup d'État militaire. Parallèlement, dans l'incompréhension générale, l'accès au Congrès est interdit pour les députés du Parti de l'Unification Démocratique (gauche).

     Micheletti instaure un couvre-feu, tandis que l'armée est mobilisée dans la capitale. On coupe toutes les réceptions des chaines continentales type CNN, Cubavision, TeleSur... En occident, certains médias comme le Wall Street Journal, n'hésite pas à légitimer la destitution de Zelaya, s'appuyant sur son rapprochement avec Cuba, et le soutien du Congrès au nouveau président. Ironie du sort, c'est par le biais de réseaux sociaux type Twitter ou Facebook que les nouvelles du putsch se propagent dans le pays. Les militaires occupent les locaux des différents médias. Les proches de Zelaya, comme ses ministres, se réfugient dans divers ambassades. Unanimement, les chefs d'États américains, d'Obama à Chavez, condamnent le putsch. Tous les États disposant d'ambassadeurs au Honduras les rappellent ; sauf un : les États-Unis.

     Le 30 juin, Zelaya est reçu au siège des Nations Unies où il fait accepter une résolution condamnant le coup d'État, et le reconnaissant chef légitime du pouvoir. Le peuple, qui manifeste massivement dans les rues de Tegucigalpa, et dans bien d'autres villes, se voit confronté à un décret d'état d'urgence promulgué le 1 juillet 2009. Ce-dernier est mainte fois prolongé de manière inconstitutionnelle, car non ratifié par le Congrès. Aucun État ne reconnaît le nouveau gouvernement. Le 23 aout, la Cour Suprême hondurienne condamne par contumace Zelaya pour « trahison » et « abus d'autorité », tandis que Micheletti menace d'arrêter l'ancien président s'il tente de revenir.

     La répression se durcit, chaque interventions de l'armée laissent des manifestants morts sur le bitume. Parallèlement, une délégation de l'Organisation des États d'Amérique est reçu par le Congrès. On propose l'organisation d'élections anticipés, sans abroger l'interdiction de Zelaya de revenir au Honduras. Celui-ci condamne et critique fermement ces propositions. Des sanctions économiques frappent le pays, tandis qu'enseignants, ouvriers, employés, paysans, se mettent en grève. L'aide étrangère, dont dépend à près de 25% le budget hondurien, est à moitié annulée. En septembre 2009, des « comités des familles des détenus-disparus du Honduras » se forment. On estime qu'environ 500 personnes sont incarcérées, suite à leur mobilisation.

     Zelaya, de son exil, appel le peuple à la désobéissance civile, et les soldats à la rébellion. Des émeutes éclatent dans la capitale, matées par l'armée, mais réalimentées continuellement par des marches de provinciaux convergent vers Tegucigalpa. La Commission Interaméricaine des Droits de l'Homme évoque un « usage abusif de la force » par le gouvernement de facto, et environ quatre mille personnes détenues arbitrairement.

     Le 21 septembre, par un coup de force et un soutien populaire, Zelaya parvient à revenir au Honduras et se réfugie à l'ambassade brésilienne. Près de quatre mille personnes s'installent aux abords de l'ambassade. L'armée les déloge, tuant six personnes et en blessant une trentaine d'autres. Micheletti fait fermer tous les aéroports du pays, encercler l'ambassade et y coupe tout accès à l'eau et à l'électricité. Des témoignages évoquent la mise en place d'escadron de la mort par Billy Joya, conseiller à la sécurité de Micheletti, dont le but serait d'effrayer les gens par la torture, l'arrestation arbitraire, le meurtre. Des exécutions sommaire touchent les partisans de Zelaya en province, tandis que les proches de journalistes dénonçant le coup d'État sont tués, comme la fille de 16 ans de la journaliste Karol Cabrera.

     Dans cette atmosphère, le gouvernement tient son calendrier et organise le 29 novembre de nouvelles élections. La participation est sujet à débat, le gouvernement chiffre à 65%, tandis que les anciens ministres l'estiment à 30% maximum. Porfirio « Pepe » Lobo, issus du Parti National (droite), est élu à la présidence du Honduras. Bien que contestée, cette élection est immédiatement reconnue par les États-Unis, le Panama, et la Colombie, tandis que le Brésil, le Venzuela, l'Argentine et l'Espagne ont unanimement déclaré leur soutien à Zelaya, toujours enfermée à l'ambassade brésilienne.

    Des rapports de différentes ONG sont publiés à la fin de l'année 2009, faisant état de 700 cas de non-respect des droits de l'homme, avec des viols, tortures, violences à l'égard des détenus. Le 27 janvier 2010, Pepe Lobo est investit à la présidence hondurienne. Zelaya décide de sortir de l'ambassade et de quitter le pays, pour éviter l'arrestation. Encadré par l'armée, il est conduit à l'aéroport de Tegucigalpa, où ses partisans sont rassemblés par milliers. Certains tentent d'envahir le tarmac, mais sont repoussés par l'armée. Zelaya embarque pour un avion à destination de la République Dominicaine. Un dernier regard de son hublot vers son peuple massé autour de l'aéroport, l'acclamant, drapeau hondurien ou frappé de la figure du Che en l'air.

     

    Circulez, il n'y a plus rien à voir.

 

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