L'anti-communisme enseigné à l'Université

Publié le par jc54

Á l’IEP, une enseignante d’anglais apprend à ses étudiants comment « décommuniser » vocabulaire et pensée...

Á l’Institut d’études politiques (IEP) de Lyon, le communisme n’a pas vraiment la cote. Du moins, chez certains profs. Les étudiants de première année ont pu le constater, il y a deux semaines, lors de leur habituel cours d’anglais. Comme tous les quinze jours, l’enseignante a distribué à la fin de l’heure une feuille recto verso où figure une liste de mots à apprendre par cour pour le prochain cours. «  Sur le coup, je n’ai pas prêté attention, raconte un étudiant. Ce n’est que plus tard que je me suis rendu compte du thème abordé et de la manière dont c’était fait. »

Comme à chaque fois, la liste de vocabulaire porte sur un thème précis. Celui du jour fait s’écarquiller les yeux : «  la décommunisation »... Et les élèves d’être invités à bien se rentrer dans le crâne de sympathiques expressions anglo-saxonnes telles que «  to decommunize » (mettre fin au communisme), «  to give ideology a drubbing » (tordre le cou à l’idéologie), « a spent ideological force » (une force qui a perdu de sa vigueur idéologique) ou encore « a defunct system » (un système qui a fait son temps). Une fois la liste bien apprise, l’étudiant saura même «  to jettison principles » (se débarrasser de ses principes) pour devenir, comme semble le rêver notre professeur, «  a turncoat communist » (un communiste repenti) prêt à se tourner vers « a socialism with a human face » (un socialisme à visage humain).

Le procédé a provoqué l’émoi chez plusieurs militants ou sympathisants communistes qui étudient à l’IEP. «  Cette liste de vocabulaire est une assez bonne illustration de l’anticommunisme latent qui règne dans les instituts d’études politiques, s’agace l’un d’eux. C’est jamais clairement affiché mais on sent une constante animosité, alors que les thèses libérales, elles, n’ont jamais droit à pareil traitement. »

D’après des étudiants en seconde année, la prof incriminée est connue pour être plutôt conservatrice, prompte à faire étudier des auteurs comme Friedrich Hayek, penseur du libéralisme et farouche opposant au socialisme et à l’étatisme. Comme le soulignent les étudiants, l’IEP de Lyon n’est, certes, pas un repère de profs réactionnaires. «  Mais on se trouve face à des légalistes bon teint, fervents défenseurs de la pensée dominante et de la loi du marché », explique l’un d’entre eux.

Prévenus, les Jeunes communistes du Rhône se disent « consternés ». Et de souligner sur leur blog : «  Il est étonnant de voir que certains professeurs distillent encore à leurs étudiants des conceptions historiographiques datées et obsolètes, issues des crispations idéologiques de la guerre froide. » Pour le prochain cours d’anglais, pouvons-nous suggérer à Madame la prof une liste de vocabulaire sur «  how to manipulate the minds » (comment manipuler les esprits) ?

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